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2008-09-18
Sept. 2008: UN VENT D'ESPOIR SOUFFLE SUR LA NATION

Un vent d’espoir souffle sur la Nation
Rencontre avec ANNE ARCHAMBAULT, aux lendemains de son incontestable victoire aux élections du 6 septembre 2008, victoire qui l’a confirmée GRAND CHEF DE LA PREMIÈRE NATION MALÉCITE DE VIGER.

RÉSULTATS DU VOTE
DU 6 SEPTEMBRE 2008
ANNE ARCHAMBAULT    322
MARTINE BRUNEAU    117
NORMAND MOREAU      20
JEAN GENEST          10
    Rejets          21

Resto-Pub D’Antan. 11 septembre, 19h00. Après un délicieux «5 à 7» aux crevettes, c’est avec toute sa spontanéité qu’Anne Archambault accepte cet entretien, pour les lecteurs de l’EPIK et les visiteurs du site.

EPIK – Félicitations pour votre élection, madame Archambault. Pendant que c’est encore tout chaud, comment qualifieriez-vous votre état d’âme après une confirmation aussi évidente de votre mandat comme Grand Chef de la Nation Malécite de Viger?
ANNE A. – C’est extraordinaire! C’est comme après la tempête : le bonheur… Le bonheur de savourer ce nouveau départ. C’est valorisant, après tout ce que j’avais traversé. Ça fait chaud au cœur. J’avais besoin de cette confiance des Malécites, besoin qu’ils comprennent, besoin de tous ces votes, pour me remettre en selle et continuer.

EPIK – J’aimerais tout de suite aborder certaines questions reliées à divers projets locaux déjà lancés par la Nation.
ANNE A. – Pas de problème.

EPIK – D’abord, croyez-vous possible de rétablir des collaborations comme celle que vous aviez créée avec l’école Vents-et-Marées il y a quelques années et qui avait initié de nombreux jeunes et, par la suite toute la population, à la culture et aux traditions malécites?
ANNE A. – C’est un peu ça ma quête, depuis des années : celle d’informer les gens, d’éduquer pour enlever le racisme, faire tomber les tabous sur les Indiens. Y’a des gens qui se demandent encore : qu’est-ce qu’ils font les Indiens? Comment ils vivent? Eh bien, ils vivent comme tout le monde. Par l’éducation, par la sensibilisation, on sait que, dans un avenir rapproché, nos jeunes vont avoir moins de difficulté à grandir avec d’autres jeunes de races différentes. Une maxime dit : «Une culture est majestueuse si elle en côtoie une autre». Tout seul, tu n’es rien. Les collaborations sont très importantes. Elles vont être à remettre sur pied éventuellement. Je ne peux garantir si ce sera dans un avenir rapproché ou éloigné, mais c’est dans le programme, c’est certain.

EPIK – Le fameux projet écorécréotouristique lancé en hâte en 2004, sera-t-il relancé, tel quel ou sous une autre forme?
ANNE A. – C’est certain que la station écorécréotouristique, comme on l’appelait, on y a mis beaucoup d’énergie, beaucoup d’amour. Cette montagne-là est sacrée pour nous. C’est vert, y’a d’la vie, des oiseaux. Le Râle jaune, entre autres, en voie d’extinction et qui vit dans le marais, on voulait le réchapper. Ce milieu supporte une très grande variété d’oiseaux. Les gens en région connaissent très bien la valeur de cette montagne : les sentiers, la grotte où on a découvert un dessin et des artéfacts, dont la valeur et l’ancienneté devraient être confirmées. La montagne elle-même est tellement riche. Pourquoi n’en ferait-on pas une station écorécréotouristique? On a la chance d’avoir des baleines tout près, à portée du regard. Avec l’approche et l’observation des baleines par bateau, ils sont en train de tout réglementer. Si on fait une station sur une montagne, on va pouvoir les voir les baleines, tout en respectant l’environnement. Les infrastructures pourraient être faites en harmonie avec la nature environnante. Je crois que c’est le destin de cette montagne-là. D’autres personnes croient qu’elle a d’autres vocations. Eh bien c’est permis de vivre et de laisser vivre. Mon premier choix absolu, c’est une station écorécréotouristique. Si on ne peut pas, c’est sûr qu’il faudra établir des collaborations avec ces puissances qu’on ne peut pas toujours arrêter, puissances qu’on appelle multinationales, qu’elles nous viennent de Russie, de la Chine, de l’Allemagne ou d’ailleurs. Il ne faut pas oublier que le Québec est un des pays les plus riches. Du fond de mon cœur, c’est comme ça que je vois les choses.

EPIK – Le toit de l’Hôtel Dufferin, propriété des Malécites, commence à avoir des fuites… Que pensez-vous faire?
ANNE A. – L’Hôtel Dufferin, il faudrait qu’il soit vu par des spécialistes en architecture pour savoir si sa vocation est de vivre ou de mourir. Un spécialiste pourrait nous confirmer si et comment on peut refaire le toit. L’hôtel est un bâtiment patrimonial important de la région. Il a une longue histoire en tant qu’établissement hôtelier. Un bon diagnostic avec un spécialiste est nécessaire pour bien établir sa vocation. Dans la Nation, il y a beaucoup d’aînés qui demandent à venir finir leurs jours sur leurs terres. Le bâtiment pourrait-il trouver là sa vocation? Possibilité d’y aménager des chambres pour les aînés, et d’en faire un lieu qui leur permette de revenir mourir sur leurs terres. C’est ça qu’ils m’ont demandé, à moi, les aînés. J’avais déjà pensé construire cette résidence au bas de la rue du Quai; mais on l’a le bâtiment, et il est très bien situé. Ce serait peut-être ça sa vocation. Un projet de restaurant ou un autre projet de mise en marche, c’est plus complexe, au niveau des règlements et des procédures. C’est en conseil de bande qu’on va décider de l’avenir à donner à ce bâtiment-là. On en connaît la valeur événementielle, résidentielle et patrimoniale et on sait que la région tient à la sauvegarder. C’est sûr qu’il y aura des modifications à effectuer, des décisions à prendre. On devra tenir compte de tout ça.

EPIK – De quelle façon prévoyez-vous gérer le nouveau Conseil de bande? Quelles valeurs vous guideront dans la gestion du Conseil?
ANNE A. – Développer le sens de l’appartenance dans la Première Nation Malécite de Viger. Défendre les droits et les intérêts de la Nation. Inculquer cela aux chefs conseillers; qu’ils comprennent la nécessité du partenariat, de travailler les uns avec les autres, Blancs, Jaunes, Rouges ou Noirs. Je pense que c’est important de faire comprendre ça : le Conseil de bande est élu, mais la «Boss», la patronne, c’est l’Assemblée générale. Si on va dans des projets très très importants, il faudra aller sonder par référendum ce que la Nation veut ou ne veut pas. Là on peut s’entendre au niveau des revendications. Je crois en mon Conseil. Mais il ne faut pas oublier une chose. Un Grand Chef doit avoir le sens de la persuasion. Quand tu es convaincu que quelque chose est bon pour ta communauté, il faut que tu défendes ton point. Si tu as quatre chefs, trois ou même deux qui sont contre, il faut vraiment que tu défendes ton point pour aller chercher le quorum. C’est ça que j’aime aussi. Enfin, penser aux jeunes, leur donner de l’espoir. Leur dire : «Regardez : la Nation malécite est une nation qui refuse de mourir. Depuis 1887, ils ont créé la première Réserve au Canada; ça a éclaté. On est revenus en 1987, 100 ans plus tard. C’est une nation qui refuse de mourir. Elle veut vivre et elle va vivre. On la sent. Le battement de cœur est là. La Nation est là. Le Conseil est élu, et il ne faut pas qu’il oublie que c’est pour travailler dans l’intérêt de la Nation Malécite de Viger et non pour l’intérêt d’un individu. C’est important que ce soit bien compris.

EPIK – Merci madame Archambault.
ANNE A. – Merci de me permettre ce lien avec la population. Nous garderons contact.

Note de l’interviewer :
Mon impression?
Si j’avais une carte à attribuer à madame Archambault, ce serait sans hésiter : la Dame de Cœur.

Yvan Roy

www.journalepik.com

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