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2014-05-16
BÉLUGAS DU SAINT-LAURENT: tout est à recommencer

- 14 mai 2014 Bélugas du St-Laurent: tout est à recommencer

Pierre Béland

 

En sortant du lit, je me suis senti tiré vers l'arrière, de retour à toutes ces années où je passais chaque journée à m'inquiéter pour les bélugas, au point d'en devenir un peu maboul. Et je me suis souvenu de la phrase de Al Pacino, alias le Parrain (le 2, je crois, traduction libre): « Juste au moment où je suis en train de devenir respectable, voilà qu'ils me ramènent à eux !»

 

Mais quelle aberration que ce projet ! D'un bout à l'autre ! La première étape consiste à faire des levés sismiques et des forages. J'ai bien suivi dans les médias les échanges entre Trans-Canada et ses opposants. L'argument massue du promoteur consiste à dire qu'il a des permis de Pêches et Océans Canada. La belle affaire ! Messieurs, cela ne vous dégage en rien de votre responsabilité directe envers une espèce de mammifère hautement évoluée qui est classée comme menacée. C'est votre entreprise, et non le ministère, qui mène des travaux dans un habitat essentiel à sa survie.

 

En outre, nous savons tous que le gouvernement canadien, dans sa mouture récente, fait tout pour affaiblir les lois qui nous protègent, nous, en préservant l'environnement. Je note simplement que le projet de loi mammouth de 2012 cachait dans ses replis des dispositions pour affaiblir la Loi sur les Espèces menacées. Ce gouvernement a également une attitude inappropriée, dangereuse et méprisante à l'égard des données, de l'information et des scientifiques qu'il musèle. Il est très facile dans les couloirs et les officines de l'administration de contourner les recommandations des employés scientifiques et spécialistes qui sont au fait d'une question, afin de produire une autorisation qui, bien qu'elle soit légale, n'a aucun poids moral.

 

D'un point de vue scientifique, il est aberrant de procéder à l'émission de sons de 230 décibels dans des eaux habitées par des baleines. La distance de 500 mètres que vous préconisez ne vise qu'à prévenir les blessures graves à l'ouïe, mais ne prévient pas le dérangement. Le son se transmet dans l'eau beaucoup plus vite et loin que dans l'air. Croyez-vous qu'un humain dans un champ ne serait pas dérangé par un avion gros transporteur dont les moteurs rugissent à moins de 100 mètres de lui ? On interdit aux touristes de s'approcher, même dans le plus grand silence, à moins de 400 mètres des bélugas, justement pour éviter de les déranger.

 

En ce qui concerne les observateurs, sur l'eau ou dans les airs, qui veillent à détecter la présence de bélugas à moins de 500 mètres avant que vous ne « tiriez un coup », il s'agit d'une assurance illusoire. Des années d'étude par bateau et par avion en scrutant la mer m'ont appris que des bélugas peuvent surgir à l'improviste à quelques encablures sans avertir. Voyez-vous, les bélugas passent la majeure partie de leur vie sous l'eau, pouvant faire beaucoup plus que cette distance sans remonter, invisibles, particulièrement dans des eaux qui sont chargées de sédiments comme au large de Cacouna.

 

En définitive, c'est dans leur objectif ultime que vos activités présentes ont le moins de sens. Les travaux préliminaires que vous entreprenez visent à préparer un projet qui causera encore plus de tort à cet habitat essentiel pour le béluga. La construction et l'opération d'un port, le va-et-vient des navires-citernes et autres navires de support, le risque d'accident et de déversement, voilà autant de sources de dérangement inacceptables pour le béluga, espèce menacée dans son habitat essentiel.

 

Si je l'examine à une autre échelle, celle que vous appeliez, dans une récente entrevue, « un choix de société », votre projet de pipeline et de port me ramène encore plus loin en arrière. À une autre vie dont je m'ennuie parfois : l'ère des dinosaures. Pour assurer la société de demain aux prises avec les changements climatiques dus aux émissions de gaz à effet de serre, il faut réduire la consommation de pétrole, et non l'augmenter. Ces efforts de réduction doivent logiquement être dirigés en tout premier lieu vers les sources de pétrole les plus polluantes, soit précisément les sables bitumineux de l'Alberta. Vu sous cet angle également, et peut-être encore davantage, votre projet est absurde. Il aura pour effet de diriger la société encore plus rapidement vers cette dégradation de l'atmosphère qui menace les mers, les terres émergées et tout ce qui y vit, incluant les bélugas, nous et nos familles, vous et vos enfants.

 

Comme l'aurait dit le Parrain : « Vous m'avez tiré de ma retraite. Ça va barder ! »

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Pierre Béland a été le premier scientifique, dans les années 80, à attirer l'attention sur l'extrême vulnérabilité du béluga du Saint-Laurent, au moment où il était directeur du Centre de recherche en écologie des pêches pour Pêches et Océans Canada, à Rimouski.
C'est lui également qui, à la fin des années '80, a été à l'origine de la Campagne «Adoptons un béluga» dans laquelle la région de Rivière-du-Loup s'était engagée en adoptant «Ondine» (DL116) en 1992. Plus de 2000 personnes et groupes de la région, dont plusieurs de Cacouna, avaient participé en cumulant le 5000$ requis et déposé au fonds de recherche.

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 Qui est Pierre Béland ? 

- Source: Groupe de recherche et d'éducations sur les mammifères marins

C'est tout à fait par hasard que Pierre Béland s'est intéressé aux bélugas du Saint-Laurent. C'était en 1982, il était alors directeur du Centre de recherche en écologie des pêches pour Pêches et Océans Canada, et il est allé sur une plage près de Rimouski où un béluga avait été trouvé mort. Avec son collègue Daniel Martineau, il a commencé un vrai travail de détective. Ils ont voulu comprendre les causes de la mort des bélugas du Saint-Laurent et vérifier s'il y avait un lien entre ces morts et la santé du Saint-Laurent. Les résultats de leurs travaux ont été largement diffusés dans le monde entier. Le béluga est devenu un symbole de la faune menacée par les excès de l'industrialisation et leur étude est devenue une référence internationale dans le domaine.

Son histoire avec les bélugas du Saint-Laurent a amené M. Béland vers un questionnement sur l'environnement, l'avenir de l'humanité et notre responsabilité envers les autres formes de vie. Ces questions, il les partage maintenant avec le public. M. Béland fait beaucoup de vulgarisation scientifique: conférences, articles, documentaires. Il a également publié plusieurs livres, dont un essai et deux romans. Son livre, « Les bélugas ou l'adieu aux baleines » est un témoignage sur la fragilité de la vie et nos tentatives pour la protéger.

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LIRE AUSSI 12 mai 2014 - ici.Radio-Canada

Cri d'alarme du père de la recherche sur le béluga - Un texte de : Michel-Félix Tremblay

Le père de la recherche sur le béluga du Saint-Laurent, le scientifique Pierre Béland, trouve inconcevable que Pêches et Océans Canada ait autorisé la compagnie TransCanada à forer le Saint-Laurent, malgré la présence de bélugas. (...)

 

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15 mai - GREMM Trois experts indépendants ont demandé la semaine dernière à TransCanada et Pêches et Océans Canada d'annuler toutes les activités en cours et prévues dans la zone de Cacouna. Ils estiment que les risques sont réels et majeurs, et que ceux-ci ne peuvent être ramenés à des niveaux acceptables dans la perspective où ces activités sont évaluées à la pièce, sans tenir compte des impacts cumulatifs sur la population des bélugas. Ces impacts sont susceptibles d'accélérer le déclin de la population des bélugas du Saint-Laurent.

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